Infectiologie

LE SYNDROME DE FITZ-HUGH-CURTIS

Publié le 02/10/2020
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Le syndrome de Fitz-Hugh-Curtis survient le plus souvent chez de jeunes femmes, et fait généralement suite à une infection à Chlamydiae trachomatis. La symptomatologie est dominée par une douleur de l’hypochondre droit, signe d'une péri-hépatite infectieuse. Le traitement repose sur une bi-antibiothérapie.

Cliché 1 : IRM du foie avec une lame péri-hépatique (flèche verte).

Cliché 1 : IRM du foie avec une lame péri-hépatique (flèche verte).
Crédit photo : Dr Frances

Maryse, 35 ans, qui vit dans la rue depuis plus de 5 ans, vient consulter dans un centre de sans-domicile pour des douleurs abdominales intenses. Il y a quinze jours, elle avait été admise dans un service de gynécologie en raison d’un hémopéritoine secondaire à un kyste hémorragique de l’ovaire. Une salpingectomie et une ovariectomie ont alors été réalisées.
Cliniquement, nous notons une douleur importante (à l’origine d’une blockpnée). La palpation abdominale met en évidence une douleur provoquée centrée sur l’hypochondre droit. Le toucher vaginal est douloureux. Un bilan biologique, effectué en urgence, objective un syndrome inflammatoire avec une CRP à 49 mg/l (N inférieure à 5), ainsi qu'une perturbation du bilan hépatique avec TGO à 99 UI/l (N entre 5 et 35), TGP à 42 UI/l (N entre 5 et 35), et ϒGT à 159 UI/l (N inférieure à 35). Une échographie est alors effectuée en urgence, suivie d'une IRM abdominale qui permet de visualiser une lame péri-hépatique (cliché 1, flèche verte). Compte tenu des antécédents de la patiente, le diagnostic de syndrome de Fitz-Hugh-Curtis est posé. Confirmation obtenue suite à un prélèvement vaginal qui retrouve Chlamydiae trachomatis.

INTRODUCTION

Le syndrome de Fitz-Hugh-Curtis a été décrit pour la première fois par Carlos Stajeno en 1920. Cependant la relation entre l’infection pelvienne et la péri-hépatite a été mise en évidence en 1930 par Fitz-Hugh et Curtis. Cette entité représente entre 4 et 14 % des pathologies infectieuses pelviennes. On objective ce syndrome le plus souvent chez les femmes.
Cette affection est plus fréquente chez les adolescentes (27 % des cas objectivés chez les moins de 20 ans).
Deux bactéries sont responsables de ce tableau : Neisseria gonorrhoeae (20 % des cas) et Chlamydiae trachomatis (80 % des cas).
La diffusion de l’infection pelvienne vers le foie donne lieu à deux hypothèses :
une diffusion par voie lymphatique ou hématogène (la plus probable),
un développement bactérien qui gagne l’utérus, puis les ovaires, le pelvis, la gouttière pariéto-colique droite, et l’espace sous-phrénique droit. Cette explication est moins probable car cette diffusion n’est pas envisageable chez les hommes.

SYMPTOMATOLOGIE

Trois tableaux sont classiquement décrits :

Une forme pseudo-chirurgicale observée chez les jeunes femmes avec douleurs de l’épigastre et de l'hypochondre droit. Ces douleurs sont exacerbées à la palpation de l’hypochondre droit, et majorées lors de la toux ou la respiration. Il existe par ailleurs des nausées et un train fébrile.

Une forme aiguë fruste avec une symptomatologie superposable à la description précédente, mais moins bruyante.

Une forme pseudo-colitique observée chez les femmes de plus de 30 ans. Le tableau se caractérise par des leucorrhées traînantes et des douleurs abdominales modérées.

EXAMENS COMPLÉMENTAIRES

Les analyses bactériologiques et biologiques. Des prélèvements vaginaux doivent être effectués au niveau de l’endocol et/ou urinaire chez la femme ; au niveau urétral chez l’homme. On recherche par PCR le germe responsable de cette affection.
Le bilan biologique objective un syndrome inflammatoire, une hyperleucocytose, et de manière inconstante une perturbation du bilan hépatique.
Le bilan d’imagerie. L’échographie montre un épaississement de la paroi hépatique et parfois un épanchement péri-hépatique. Le scanner abdominal et l’IRM abdominale objectivent un rehaussement linéaire et régulier de la capsule de Glisson, mais aussi un épaississement du fascia pré-rénal et de la paroi vésiculaire.
La cœlioscopie. Cet examen invasif, effectué uniquement en cas de doute (permettant d’avoir une certitude diagnostique), met en évidence des adhérences en corde de violon.

TRAITEMENT

Une double antibiothérapie est mise en place. Le plus souvent : une association d’acide clavulanique/amoxicilline, 3 g/j durant 10 jours, avec une doxycycline, 200 mg/j durant 3 semaines. Des antalgiques peuvent aussi être administrés contre la douleur. Par ailleurs, il est important d’effectuer un dépistage des autres infections sexuellement transmissibles. Un traitement des partenaires est également nécessaire (par azithromycine ou doxycycline pendant 7 jours).

Bibliographie

1 - Rambaud JC. Traité de gastro-entérologie. Ed. Flammarion Médecine-Sciences 2005.
2 - Saurabh S, Unger E, Pavlides C. Fitz-Hugh-Curtis Syndrome in a male patient: A case report and literature review. Journal of Surgical Reports in Surgery 2012; 3: 12.
3- Peter NG, Clark LR, Jaeger JR. Fitz-Hugh-Curtis syndrome: A diagnosis to consider in women with right upper quadrant pain. Cleveland Clinical Journal of Medicine 2004; 71 (3): 233-239.
4 - Pilly E. Maladies infectieuses et tropicales. Ed. Vivactis plus 2014.

Dr Pierre Frances (médecin généraliste à Banyuls-sur-Mer), Thibaud Mosset (interne en médecine générale à Montpellier), Mathieu Duhamel (externe à Montpellier), Allan Guilliey (externe à Montpellier).

Source : lequotidiendumedecin.fr