Cancer du sein

Anticorps conjugués : les preuves d’efficacité se multiplient

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Publié le 27/01/2023
Du 6 au 10 décembre à San Antonio (États-Unis), le rendez-vous international dédié au cancer du sein a été l’occasion de divulguer de nouvelles données sur le bénéfice apporté en métastatique par les anticorps conjugués. Après avoir marqué le dernier congrès de l’American Society of Clinical Oncology (Asco), que révèlent les derniers résultats de ces thérapies novatrices ?
Les anticorps font partie des thérapies novatrices contre le cancer du sein

Les anticorps font partie des thérapies novatrices contre le cancer du sein
Crédit photo : HYBRID MEDICAL ANIMATION/SPL/PHANIE

Lors de la dernière édition de l'American Society of Clinical Oncology (Asco) au mois de juin, les anticorps conjugués, notamment le trastuzumab deruxtecan (TDX-D), avaient montré leur bénéfice dans le cancer du sein (CS) métastatique chez les patientes exprimant faiblement HER2 (HER2 low), une population encore peu explorée. En ce début décembre au San Antonio Breast Cancer Symposium (SABCS), de nouvelles preuves d’efficacité apparaissent, pour plusieurs anticorps conjugués et dans différents types de populations.

Disponible dans le cadre d’un accès précoce, le TDX-D (Enhertu, laboratoire Daiichi Sankyo) est un anticorps monoclonal anti-HER2 conjugué à un inhibiteur de la topoisomérase I. Il est déjà indiqué chez les patientes atteintes d’un CS HER2 positif (15 à 20 % des CS), non résécable ou métastatique, ayant reçu au préalable une ligne de traitement anti-HER2.

Patientes HER2 positives : moins de 36 % de risque de décès sous TDX-D

Dans cette population, il a été comparé au trastuzumab emtansine (T-DM1) dans l’étude de phase 3 Destiny-Breast03 menée sur 524 patientes (1). L’analyse actualisée, présentée au SABCS, met en évidence une réduction de 36 % du risque de décès (HR = 0,64 ; p < 0,0037).

À 24 mois, la SG s’élève respectivement à 77,4 % pour TDX-Dversus 69,9 % pour T-DM1. De plus, le bénéfice en termes de survie sans progression (SSP, critère principal) se confirme, avec une amélioration de 22 mois (28,8 versus 6,8 mois, HR = 0,33, p < 0,000001).

Quant au taux de réponse objective (RO), il est lui aussi significativement augmenté sous TDX-D (78,5 versus 35 %, p < 0,0001). « Ces résultats actualisés soutiennent l’utilisation en seconde ligne du TDX-D par rapport au T-DM1, en démontrant une amélioration de la SG et de la SSP chez des patientes atteintes d’un CS métastatique HER2 positif, prétraité par anti-HER2 », souligne le Pr Javier Cortés de Barcelone.

D’autre part, l’étude Destiny-Breast02, qui comparait le TDX-D à la chimiothérapie (trastuzumab/capécitabine ou lapatinib/capécitabine), a également mis en évidence une amélioration de la SSP et de la SG chez des patientes HER2 positives, non résécables ou métastatiques, préalablement traitées par T-DM1. Ainsi, le risque de progression était réduit de 64 % (SSP : 17,8 versus 6,9 mois, HR = 0,36 ; p < 0,000001) et le risque de décès de 34 % (SG : 39,2 versus 26,5 mois HR = 0,66 ; p = 0,0021).

Tumeurs HER2 low ou négatives : un nouveau candidat prometteur

Si le TDX-D et le sacituzumab govitécan (anticorps anti-Trop-2 conjugué à un inhibiteur de la topoisomérase I) ont déjà démontré au congrès de l’Asco leur bénéfice dans les CS exprimant faiblement HER2, un nouvel anticorps conjugué s’annonce également prometteur. Dans l’essai de phase 1 Tropion-PanTumor01 (2), le datopotamab deruxtecan (Dato-DXd, anticorps anti-Trop-2 couplé au deruxtecan) montre de premiers résultats encourageants chez 41 patientes atteintes d’un CS métastatique (ou non opérable) hormonodépendant (RH+), HER2 low ou négatif (HER2-). Le taux de contrôle de la maladie atteint 85 % et la SSP 8,3 mois. Après un suivi de 13,7 mois, la durée médiane de réponse et la SG n’étaient toujours pas atteintes. Au total, 59 % des patientes étaient en vie à plus d’un an.

Dans la cohorte de CS triple négatifs (CSTN, hormonorésistants et HER2-) de Tropion-PanTumor01 (n = 44), un taux de RO de 32 % a été mis en évidence sous Dato-DXd (dont 13 réponses partielles et une complète). La SSP est de 4,4 mois et la SG de 13,5 mois (3). Dans le sous-groupe non prétraité par T-DM1, le taux de RO s’élève à 44 %, la SSP et la SG à 7,3 et 14,3 mois. Mais cet anticorps conjugué pourrait aussi se révéler intéressant en association au durvalumab. Selon les résultats actualisés de l’étude de phase 1b/2 Begonia (n = 61), cette combinaison permet d’obtenir un taux de RO de 73,6 % chez des patientes non prétraitées, ayant un CSTN non résécable, localement avancé ou métastatique (4).

Enfin, à la suite de l’étude de phase 3 Tropics-02 présentée au congrès de l’Asco, une analyse post-hoc de l’efficacité du sacituzumab govitécan (Trodelvy) a été réalisée en fonction de l’expression de Trop-2 (5). Elle confirme le bénéfice de l’anticorps conjugué par rapport à la chimiothérapie, en termes de SSP et de SG, dans les CS RH+/HER2- quel que soit le niveau d’expression de Trop-2. Néanmoins, en France, le Trodelvy n’est actuellement disponible que dans les CSTN, dans le cadre d’un accès précoce.

(1) S. A. Hurvitz et al. Lancet. 2022 Dec 6;S0140-6736(22)02420-5
(2) SABCS, abstract #PD13-08
(3) SABCS, abstract #P6-10-03
(4) SABCS, abstract #PD11-09
(5) SABCS, abstract #GS1-11

Karelle Goutorbe

Source : Le Quotidien du médecin