Aux Outre-Mer, l’alarmante épidémiologie du diabète

Par
Publié le 12/01/2024
Article réservé aux abonnés

Les premières données épidémiologiques complètes sur le diabète dans les territoires d’Outre-Mer relèvent des différences significatives par rapport au reste de la France. Ces travaux permettront à l’avenir de mesurer les évolutions, interroger les actions de prévention et de soins mises en œuvre.

Crédit photo : VOISIN/PHANIE

Pour la première fois, l’étude Entred (Echantillon national témoin représentatif des personnes diabétiques) avait parmi ses objectifs principaux la description des caractéristiques démographiques et socio-économiques, de l’état de santé et du recours aux soins des personnes diabétiques résidant dans les départements et régions d’outre-mer (Drom). Ces territoires n’ont pas pu être inclus dans la première édition d’Entred en 2001. Dans la seconde menée en 2007, un échantillon de personnes diabétiques résidant dans les Drom avait été inclus mais sans suréchantillonnage.

Les données d’Entred 3 viennent d’être présentées, concernant 12772 adultes traités pharmacologiquement pour diabète tirés au sort dans les bases de données de l’Assurance-maladie en septembre 2019, dont 3700 résidant dans les Drom (1).

Pour ces régions, la population d’étude a été restreinte au diabète de type 2 (DT2) : 498 personnes en Guadeloupe, 682 en Martinique, 504 en Guyane, 586 à la Réunion. L’analyse porte sur des questionnaires réalisés en face à face, complétés par le dossier rempli par les médecins, ainsi que par le Système national des données de santé (SNDS), chez les répondants (63,7%) comme chez les non-répondants, avec une comparaison versus métropole (n = 2714).

Deux fois plus de diabète

La prévalence du DT2 est plus élevée (multipliée par 1,5 à 1,9) dans les Outre-Mer que dans l’Hexagone. Les complications chroniques y sont aussi plus fréquentes. On relève une fraction importante de cas non traités pharmacologiquement, parmi lesquels plus de quatre personnes sur dix ne bénéficient d’aucune mesure hygiénodiététique.

Une prédominance féminine est observée dans les Drom, par rapport à l’Hexagone. Les patients de Guyane et de La Réunion sont plus jeunes (61 et 63 ans en moyenne) par rapport aux Antilles et à l’Hexagone (67 et 68 ans). L’âge au diagnostic du DT2 est également plus précoce de cinq ans environ dans ces deux territoires.
Le niveau socio-économique est plus défavorable dans les Drom ; les personnes nées à l’étranger sont majoritaires en Guyane (53%).

L’indice de masse corporelle (IMC) moyen est moins élevé à La Réunion (27,7 kg/m2), en Guyane et Guadeloupe (28,4 kg/m2) qu’en Martinique (29,3 kg/m2) et dans l’Hexagone (29,5 kg/m2). La consommation d’alcool et de tabac est moins fréquente dans les Drom par rapport à l’Hexagone, sauf en ce qui concerne le tabagisme à La Réunion, qui est plus fréquent (14%).

Le niveau d’HbA1c moyen est plus élevé dans les Drom par rapport à l’Hexagone (7,4%, 7,5%, 8,0 % 7,7%, vs 7,2%, respectivement en Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion, vs Hexagone).
Les complications chroniques, quelles qu’elles soient, sont plus fréquentes à La Réunion. Seules les complications podologiques et rénales ont une prévalence homogène sur le territoire.

Intégrés dans un contexte culturel, social, et sanitaire, ces résultats devraient aider les décideurs à adapter les politiques de prévention, de prise en charge des personnes atteintes d’un diabète DT2 en Outre-Mer.

Renforcer la prévention

L’éditorial de François Bourdillon accompagnant cette publication (2) retient la prédominance féminine, le niveau socio-économique défavorable et la part importante de patients sans CMU-C. En Guyane et à La Réunion, des DT2 chez des sujets plus jeunes et de corpulence moindre évoque l’existence possible de susceptibilité génétique ou épigénétique.

Mais l’épidémiologiste pointe aussi les produits alimentaires, qui sont délibérément plus sucrés aux Outre-Mer que dans l’Hexagone.

Ces nouvelles données devraient offrir l’opportunité de franchir une étape de prévention, à commencer par l’application de la loi Hurel de 2013 sur le sucre, le développement du Nutri-Score, dans les Outre-Mer, l’encadrement de la publicité aux heures de grandes écoutes des enfants, le renforcement de la taxation des boissons sucrées, des produits particulièrement gras, sucrés et salés et l’incitation à l’activité physique. La Cour des comptes, dans son rapport sur la prévention et la prise en charge de l’obésité, recommandait déjà en 2019 de simplifier les conditions d’application de cette loi et de mettre en œuvre des contrôles.

(1) Fosse-Edorh S et al. Caractéristiques, état de santé et recours aux soins des personnes présentant un diabète de type 2 résidant en outre-mer : résultats de l’étude Entred 3. Bull Épidémiol Hebd. 2023;(20-21):412-23

(2) Bourdillon F. Éditorial. Diabète dans les Drom : une prévalence deux fois supérieure à celle de l’Hexagone et une population de personnes vivant avec un diabète aux spécificités marquées. Bull Épidémiol Hebd. 2023;(20-21):410-1


Source : lequotidiendumedecin.fr