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LES DÉTERMINANTS « NON PSY » DE LA SCHIZOPHRÉNIE

Publié le 06/06/2014
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L’Inserm vient de publier un dossier sur la schizophrénie faisant la synthèse des connaissances actuelles sur les composantes génétiques et environnementales, l’action des facteurs de risque, et les marqueurs prédictifs de l’évolution de cette pathologie (1).

› Composantes génétiques de la maladie. Il existe deux types de prédisposition génétique à la schizophrénie :

– la présence chez un individu de plusieurs variants génétiques, associés à un léger sur-risque de développer la maladie, qui augmentent la vulnérabilité à des facteurs de risque environnementaux. Des travauxs ont permis de détecter certains de ces gènes de susceptibilité, mais l’hétérogénéité du trouble et le faible effet de ces variants rendent difficiles leur identification formelle ;

– la présence de mutations ponctuelles, rares mais à effet majeur, qui exposent à un risque beaucoup plus important. Certaines pourraient altérer des gènes impliqués dans la plasticité neuronale.

Au total, près de 10% de la population serait porteuse de certains facteurs de vulnérabilité à la schizophrénie. Mais l’Inserm rappelle que la maladie touche moins de 1% des individus. Elle dépend donc également de l’environnement.

› Composantes environnementales de la maladie. Des travaux suggèrent que certains éléments influençant le développement cérébral (problèmes au cours du développement fœtal en raison d’incompatibilité rhésus ou complications d’une grippe pendant la grossesse) pourraient entraîner un risque de développer une schizophrénie par la suite.

D’autres facteurs de risque pourraient jouer un rôle de déclencheur de la maladie. Ainsi, la consommation de substances psychogènes comme le cannabis dont l’usage régulier avant 18 ans double le risque de schizophrénie. Le fait de vivre en milieu urbain, ou d’être enfant issu de l’immigration semble également jouer un rôle.

La maladie est également associée à des anomalies anatomiques cérébrales, touchant la substance grise , la substance blanche, le tissu intersticiel de la substance grise, les oligodendrocytes, la myéline.

› L’action des facteurs de risque. Certaines études suggèrent que l’incidence de la schizophrénie serait plus élevée en milieu urbain. Le stress pourrait être en cause mais également l’immunité (stimulée en ville du fait de l’exposition plus importante à des agents pathogènes transmissibles). Des infections précoces par des rétrovirus ou la toxoplasmose sont, par exemple, associées à un sur-risque de schizophrénie. Les chercheurs s’intéressent aussi aux problèmes de développement cérébral qui pourraient être associés à certaines schizophrénies (ainsi certains autistes développeraient une forme de schizophrénie atypique).

› Les marqueurs prédisant l’évolution. L’identification précoce de tels marqueurs (absentéisme scolaire, malaise social, émotions floues et contradictoires, angoisse), reste périlleuse. Des marqueurs génétiques ou moléculaires complémentaires seraient nécessaires. Mais à ce jour aucun n’a été identifié. En attendant, l’orientation rapide des jeunes en rupture scolaire ou sociale vers des consultations spécialisées est pertinente.

1- Inserm. Dossier d’information réalisé en collaboration avec Marie-Odile Krebs, directeur de recherche à l’Inserm (unité 894), professeur de psychiatrie à l’université Paris Descartes et chef de service à l’hôpital Sainte-Anne à Paris - Mai 2014.
Dr Alain Dorra

Source : lequotidiendumedecin.fr