Les migrations de médecins dans l’UE

Un Livre vert s’attaque à une mobilité inégale

Publié le 15/12/2008
Article réservé aux abonnés

CHAQUE ANNÉE, des milliers de médecins quittent l’Est de l’Europe pour s’installer à l’Ouest, aux États-Unis ou en Australie. Ces migrations mettent en péril une offre de soins déjà mise à mal à l’Est par un sous-financement public de la santé.

L’Europe n’a pas son mot à dire concernant l’organisation et le financement des systèmes de santé : chaque État, au nom du principe de subsidiarité, en a la responsabilité. Mais les disparités s’accroissent, et l’enjeu devient prioritaire. C’est sans doute ce qui a décidé la Commission européenne à publier un « Livre vert » (1) relatif au personnel de santé en Europe. Des pistes d’action sont proposées, une consultation est lancée parmi les 27 pays (2).

Que dit ce document ? Sans détour, le Livre vert reconnaît les problèmes que crée la « mobilité inégale » des médecins au sein de l’Union, le mouvement se faisant des pays pauvres vers les pays riches.

Impossible d’empêcher la libre circulation des patients et des professionnels, un droit fondamental. La Commission européenne propose donc d’élaborer « des politiques appropriées » pour réduire ces migrations. Elle verse au débat public des pistes d’actions. Par exemple l’amélioration des conditions de travail des professionnels de santé, et l’investissement dans la formation et l’embauche de médecins et de soignants, pour permettre à l’Union d’ « atteindre l’autosuffisance ».

Un observatoire.

L’Europe, rappelle le Livre vert, a fait de la formation médicale une de ses priorités en terme de versement d’aides : « Certains États membres (pour la plupart des pays entrés depuis peu dans l’Union) prévoient d’investir massivement dans la formation des professionnels de la santé grâce au FSE (fonds social européen). En outre, quelque 5,2 milliards d’euros seront investis dans les infrastructures de santé par le Fonds européen de développement régional. »

Suivant la même logique, le Livre vert propose de créer un observatoire européen du personnel de santé « qui aiderait les États membres à planifier les effectifs et les besoins de formation ». La promotion de mouvements « circulaires » de personnel (à savoir des périodes de formation à l’étranger suivies d’un retour au pays) est également suggérée. Ainsi que la limitation des recrutements hors d’Europe : la Commission européenne propose d’ « aider l’OMS (Organisation mondiale de la santé) dans son action visant à élaborer un code de conduite mondial du recrutement éthique » (« le Quotidien » du 12 novembre).

La Fédération européenne des médecins salariés (FEMS), qui représente 2 millions de praticiens, salue le travail engagé, tout en appelant la Commission européenne à une certaine cohérence. Car comment pointer d’un côté le problème des migrations médicales et proposer de l’autre des réformes - comme celle visant à déplafonner le temps de travail - qui risquent de renforcer les migrations de l’Est vers l’Ouest ?, interroge le Dr Claude Wetzel, président de la FEMS (voir entretien ci-dessous).

(1) Le Livre vert est en ligne sur le site http://ec.europa.eu/health/ph_systems/workforce_en.htm

(2) Les réactions au sujet du livre vert sont à adresser au plus tard le 31 mars 2009 à l’adresse suivante SANCO-health-workforce@ec.europa.eu

 DELPHINE CHARDON

Source : Le Quotidien du Médecin: 8481