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Pr Brigitte Autran (Covars) : « La crise du Covid a montré à quel point il était nécessaire de renforcer les liens ville-hôpital »

Publié le 22/03/2023

Crédit photo : S. Toubon

« L'épidémie est à un niveau bas, mais elle n'est absolument pas terminée. » C’est le message qu’a rappelé la Pr Brigitte Autran à l’occasion d’un Live chat d’une heure avec les lecteurs du « Quotidien ».

L’immunologue, présidente du Comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires (Covars) a insisté sur la nécessité de poursuivre les campagnes de vaccinations avec un rappel annuel en population générale et deux injections pour les seniors et les personnes fragiles.

Elle a fait le point sur les traitements curatifs disponibles et sur les moyens mis en œuvre pour surveiller l’évolution du virus. Selon elle, la France est aujourd’hui mieux préparée qu’elle ne l’était avant le Covid pour faire face à une éventuelle nouvelle pandémie. « La crise a montré à quel point il était nécessaire de renforcer les liens ville-hôpital pour la gestion et la lutte contre les pandémies », estime la Pr Autran, qui a rappelé le rôle important des médecins dans la veille sanitaire et dans l’évaluation des futurs autotests, nouveaux traitements et vaccins.

Live Chat Brigitte Autran
 
Journaliste QDM (SL)
Bonjour à toutes et à tous.
Bienvenue sur lequotidiendumedecin.fr.

Nous accueillons aujourd’hui la Pr Brigitte Autran, immunologue et présidente du Comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires (Covars). Elle répondra à vos questions sur la situation épidémique du Covid, les mesures sanitaires à maintenir, les consignes de vaccination, les risques d’émergence de nouveaux variants, l’efficacité des tests de dépistage, l’état des connaissances sur la maladie…

Encore quelques minutes avant le début de ce Live chat. Merci de votre patience.
 
Journaliste QDM (SL)
La Pr Autran est arrivée dans les locaux de la rédaction. Le chat va bientôt commencer.
Live chat avec la Pr Brigitte Autran
La Pr Brigitte Autran est entourée de la directrice de la rédaction, Aurélie Dureuil (à droite), et de la journaliste Charlène Catalifaud.
 
Journaliste QDM (SL)
Bonjour Pr Brigitte Autran. Merci d’avoir accepté notre invitation à ce Live chat.
Pr Brigitte Autran
Bonjour, et merci de votre invitation.

Je suis ravie de répondre à vos questions en tant que présidente du Comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires (Covars). Je souhaiterais faire quelques points d'actualité sur différents sujets.
jld
Où en sommes-nous de l'épidémie en France (contaminations, hospitalisations) ? Meurt-on encore du Covid dans le pays ?
Pr Brigitte Autran
L'épidémie est à un niveau bas, mais elle n'est absolument pas terminée. Nous sommes dans une phase d'endémie, il y a en permanence du Covid. Nous sommes sur une phase de légère augmentation qui amène à une vigilance importante. Le taux d'incidence est repassé au-dessus de 50 pour 100 000 (62 pour 100 000) mais ceci doit être pris avec une certaine réserve du fait de la diminution des dépistages. De plus, les taux d'hospitalisation augmentent, y compris en soins intensifs. Mais cela concerne des patients dont 50 % sont hospitalisés pour d'autres raisons. Et il y a encore des décès, 25 à 30 par jour environ.

Cette reprise modérée des cas reflète la circulation active d'un variant issu de Omicron BA.5 : XBB 1.5 dont on sait qu'il est plus contagieux encore que BA.5, encore moins sensible aux anticorps et aux vaccins, mais sans virulence accrue.

La surveillance intensive du virus et de ses variants se poursuit en France et partout dans le monde et il ne semble pas y avoir de signe d'émergence d'un variant inquiétant. Néanmoins, les populations qui sont actuellement hospitalisées ou meurent du Covid sont les personnes les plus fragiles, âgées, avec des comorbidités, et en particulier les greffées. Certains services de transplantation rapporte un cas de Covid parmi leurs greffés par jour. Il est donc nécessaire pour le corps médical d'inciter les patients les plus fragiles à se faire tester au moindre doute. En cas de positivité, le traitement antiviral Paxlovid ou à défaut le remdesivir (Veklury) doivent être prescrits. Par ailleurs, rappeler à toute personne qui a des symptômes respiratoires de porter un masque. Enfin, pour tous les patients fragiles dont la vaccination date de septembre 2022, envisager un nouveau rappel.
Éric
Bonjour.
Pensez-vous que nous verrons arriver des tests de diagnostic rapide couplant grippe et Covid ? Je pense à nos patients des urgences qui se retrouvent facilement avec 3, voire 4 écouvillons dans le nez (tests rapides et PCR).
Merci
Pr Brigitte Autran
La réponse est Oui, mais il est vraiment nécessaire qu'il y ait des validations et des homologations importantes de ces tests avant mise en circulation. On peut espérer qu'ils soient mis en circulation avant l'automne prochain.
Journaliste QDM (PT)
Beaucoup de questions sur la vaccination (des seniors notamment) :
 
-- MJG
Bonjour.
Faut-il revacciner les seniors dont le rappel a plus de 6 mois ?
 
-- migiu
Doit-on encore vacciner les plus de 65 ans après 4 vaccinations ?
 
-- Maryline
+ de 65 ans couverture vaccinale correcte 4 injections la dernière juin 22 covid simple juillet 22 : faut-il recommander un rappel ?
Merci
Pr Brigitte Autran
Oui, il faut songer à revacciner dans un délai de six mois les seniors et les plus fragiles. Tous les pays occidentaux ont prévu de passer à un rythme annuel de rappel anti-Covid, avec une exception pour les plus âgés et fragiles, qui auraient deux rappels par an.
Journaliste QDM (PT)
Quid de la conservation du port de masque pour les professionnels de santé en ville ? Pourquoi la DGS a demandé une étude à la HAS concernant les recommandations du maintien ou non de certaines vaccinations obligatoires pour les professionnels de santé et le secteur médico-social ?
Pr Brigitte Autran
Les masques restent utiles dans les hôpitaux, à un moment où nous sommes face à une légère recrudescence de Covid et d'une moindre efficacité des anticorps, en particulier les anticorps monoclonaux pour protéger les immunodéprimés, qui n'ont aucun moyen de protection, et doivent être protégés en priorité. Donc, oui, le port du masque doit être systématique dans tous les services d'immunodépression.
Cela vaut pour tous les professionnels de santé en contact avec des sujets fragiles et les plus âgés.

La HAS a reçu une saisine de la DGS. Une autre saisine est partie au CCNE. La question de l'obligation vaccinale des professionnels de santé de façon plus large que le Covid est envisagée. Ce sont toutes les vaccinations obligatoires qui sont interrogées - à l'exception de la vaccination anti-hépatite qui reste obligatoire.
Anma
Quels sont les traitements dont on dispose en ville, y compris les traitements préventifs en cas de facteurs de risque ?
Pr Brigitte Autran
Il n'y a pas de traitement préventif actuellement, efficace sur les virus du Covid. Aucun. Par contre, le traitement curatif Paxlovid reste entièrement efficace et doit être réellement utilisé très largement dans les cinq premiers jours des symptômes chez toute personne susceptible de développer une forme grave. Du fait de ses interactions médicamenteuses nombreuses, le Paxlovid peut être contre-indiqué s'il devait être associé aux médicaments en cause. Néanmoins, des conseils de modification des doses de ces autres médicaments sont disponibles sur le site de l'ANSM et bénéficient aujourd'hui d'une large expérience de services spécialisés, ce qui permet de réduire les contre-indications du Paxlovid.
En cas de maintien des contre-indications, il faut chez les personnes à risque de forme grave utiliser le remdesivir, sauf en cas d'insuffisance rénale sévère. Mais il nécessite des injections intraveineuses. Les deux médicaments restent actifs sur l'ensemble des variants du Sars-CoV-2.
En cas de contre-indications aux deux médicaments, Paxlovid et remdesivir, il est possible d'utiliser le traitement par anticorps monoclonal sotrovimab (Xevudy).
Journaliste QDM (SL)
Live chat avec la Pr Brigitte Autran
 
Sto
Quel est le variant dominant en France aujourd'hui ? Que sait-on de l'efficacité des tests PCR sur cette souche ? Et celle des vaccins ARNm ? Merci pour vos réponses Professeur.
Pr Brigitte Autran
Le variant dominant est XBB 1.5 issu de BA.5. Il est parfaitement sensible aux tests PCR et antigéniques. Il est un peu moins sensible aux vaccins que le variant BA.5 mais les vaccins bivalents utilisés cette année en rappel contenant la souche Wuhan et la souche BA.5 permettent de prévenir très efficacement les formes graves et les décès avec une efficacité de l'ordre de 85 à 95 %.
JF
Bonjour, où en est la recherche sur l'origine du Covid-19 ?
Pr Brigitte Autran
De nouvelles données viennent d'être transmises à l'OMS par les chercheurs chinois montrant la présence d'animaux sensibles au Sars-CoV-2 dans le marché de Wuhan avant l'explosion de l'épidémie. Ces données demandent à être validées et consolidées mais suggèrent une transmission par un hôte intermédiaire, entre la chauve-souris et l'homme.
Jean-Luc
Quelles sont les mesures qui vous semblent nécessaires pour être capables d'identifier l'intensité d'un pic épidémique sans prendre comme marqueur la saturation hospitalière ?
Pr Brigitte Autran
Les indicateurs dont on se sert sont l'incidence, le R0 (facteur d'infectiosité) et le taux d'hospitalisation qui reste un marqueur de forme grave, outre le fait d'être un marqueur de saturation hospitalière. L'autre marqueur est la sensibilité au vaccin.
Celine CASTERA
Bonjour, qu’en est-il des plus de 2 millions de personnes atteintes d’un Covid long en France et qui se trouvent toujours pour la plupart dans une situation d’errance médicale ?
Pr Brigitte Autran
D'importantes recherches sont en cours en France et dans le monde sur ces symptômes post-Covid, qu'il est préférable de nommer ainsi, plutôt que Covid long. Il faut insister sur le fait que ces symptômes post-Covid sont assez corrélés à la gravité de la maladie et se voient moins fréquemment depuis les campagnes de masse de vaccination. Ces symptômes post-Covid posent des questions physiopathologiques et thérapeutiques qui vont sans doute au-delà du Covid puisqu'ils se rapprochent de ce qu'on peut voir après d'autres maladies infectieuses comme la mononucléose infectieuse, la dengue...
Ces symptômes avaient probablement été négligés dans le passé. L'importance des recherches en cours permettra sans doute de répondre à certaines questions.
Dr 27
Il a été question au cours de l’épidémie de Covid de développer la surveillance épidémiologique par les eaux usées. Où en est-on ?
Pr Brigitte Autran
Elle se poursuit pour le Covid. Le financement du système de détection Obépine a été maintenu. La surveillance des eaux usées va être utilisée vraisemblablement pour de nombreux pathogènes. Il est désormais intégré dans le système de surveillance sanitaire Sum'Eau. C'est l'un des acquis de la crise Covid.
Jean-Luc
Que pensez-vous de l'intérêt des tests sérologiques mesurant le niveau d'anticorps neutralisants comme marqueurs du besoin d'un rappel vaccinal ?
Pr Brigitte Autran
Il n'y a aucune standardisation ni nationale ni internationale des tests d'anticorps neutralisants, on ne peut donc pas les utiliser pour définir les besoins de rappel vaccinal. Il n'est également pas conseillé de réaliser des tests sérologiques qui analysent l'ensemble des anticorps. Ces tests utilisent essentiellement la souche Wuhan et ne sont donc pas de bons indicateurs du taux d'anticorps contre les variants actuellement en circulation.
HS
Quels gestes barrières doivent demeurer systématiques pour le médecin dans le contexte actuel, notamment le port du masque ?
Pr Brigitte Autran
Le port du masque en cas de symptômes personnels et en particulier face à tout patient fragile et susceptible de faire des formes graves, et de façon systématique, face aux grands immunodéprimés, chez lesquels les vaccins sont inefficaces et qui peuvent avoir des contre-indications au Paxlovid. Chez ces patients, il faut aussi recommander à la famille de porter un masque en cas de symptôme. Et le lavage des mains reste essentiel.
Enfin, les mesures d'aération restent toujours aussi importantes.
Journaliste QDM (SL)
Live chat avec la Pr Brigitte Autran
 
Michel ANGLES
Ne faudrait-il pas rapprocher les vaccinations pour assurer une bonne immunité ?
Pr Brigitte Autran
Les agences des pays occidentaux (FDA, EMA, HAS) et de tous les pays européens recommandent de passer à un rythme de vaccination annuel. Néanmoins, chez les sujets les plus fragiles et susceptibles d'être moins réactifs aux vaccins (les plus âgés et grands immunodéprimés), il est conseillé de maintenir deux injections de vaccin par an.
JPP
Quelles leçons sont à tirer de l'épisode de variole du singe en Europe ?
Pr Brigitte Autran
L'épidémie d'infection à Mpox a été maîtrisée l'été dernier, grâce au double effet de la réduction des comportements à risque et de la vaccination. Néanmoins, elle n'est pas éradiquée dans tous les territoires où elle a émergé l'année dernière. Et le Covars avait préconisé dans son avis de novembre de maintenir une surveillance importante, en particulier chez les personnes à risque, en parallèle de la surveillance des IST. En effet, il faut considérer que cette maladie est entrée dans le cadre des IST. Toute personne à risque et susceptible de faire une IST doit être testée pour Mpox. Il est vraisemblable que des résurgences vont survenir au printemps 2023 du fait du retour des comportements à risque et dans un contexte où la vaccination, certes très large, est restée incomplète.
Souvent, avec une seule injection.
Le point positif de cette épidémie est sa réduction rapide grâce à une implication très forte des communautés des personnes à risque, et à la disponibilité d'un vaccin efficace.
Ces points positifs illustrent l'importance des milieux associatifs et de l'implication de la société dans le contrôle des épidémies, et doivent servir de modèle pour le futur.
Jean
Y a-t-il un risque de reprise de l'épidémie de Covid malgré les campagnes de vaccination ?
Pr Brigitte Autran
Oui. Surtout si un variant échappant très fortement au système immunitaire survient. D'où le maintien de la surveillance et de la vigilance.
Jean-Luc
Les nouveaux variants vont-ils évoluer vers toujours moins de sévérité ou peut-on envisager l'apparition de variants moins contagieux mais causant des formes plus sévères ?
Pr Brigitte Autran
L'immunité collective qui s'est installée partout dans le monde face au Sars-CoV-2 suggère qu'on devrait évoluer vers des variants moins sévères, même s'ils peuvent être plus contagieux. L'hypothèse de la réémergence d'un variant à la fois très sévère et très contagieux est une hypothèse basse, mais qui ne peut pas être négligée, et qui pourrait en particulier être liée à un nouveau passage à l'animal et à un retour à l'homme.
Journaliste QDM (PT)
Bonjour.
Nous sommes face à des patients victimes des fake news médicales. Comment le Covars se positionne ? Comment prend-il en compte ce contexte ? Et quels conseils donnez-vous aux médecins ?
Pr Brigitte Autran
Le conseil est vraiment une information la plus claire et la plus transparente possible. Ce qui malheureusement prend du temps. Les avis du Covars sont des avis scientifiques basés sur des données consolidées et vérifiées scientifiquement et disponibles sur les sites du ministère de la Santé et de la Recherche. Par exemple, nous avons publié un avis sur le futur des ARNm où nous évoquons et démontons ces fausses informations.
D'autres sources sûres d'information existent, soit de vulgarisation scientifique, soit dans les grands médias, qui ont su contredire ces fausses informations.
Journaliste QDM (PT)
Quand nous étions face à une triple épidémie (Covid, bronchiolite et grippe), pourquoi n’avoir pas rendu obligatoire le port du masque dans les lieux à risque ?
Pr Brigitte Autran
Le port du masque était obligatoire dans les services hospitaliers et les lieux de santé qui sont le plus à risque. Le Covars a souhaité que soit renforcé l'usage du masque, notamment en stimulant l'implication de l'ensemble de la population générale à ces mesures préventives, puisque ce contexte de trois épidémies simultanées va perdurer pendant toutes les années à venir. Il n'est donc pas envisageable de rendre le masque obligatoire chaque hiver. Ce sont des gestes barrières que la population doit s'approprier.
Journaliste QDM (SL)
Ce Live chat est sur le point de se terminer. Une dernière question :
 
-- désert médical
Est-on mieux préparé qu’avant le Covid à affronter une pandémie mondiale ?
Pr Brigitte Autran
Oui. L'expérience Covid a eu des effets positifs sur les gestes barrières, la capacité à développer plus rapidement des vaccins et des traitements, et à préparer les populations à la lutte contre cette pandémie et la gestion du risque.
Les travaux de recherche sur la préparation des pandémies et sur divers pathogènes susceptibles d'émerger ou de réémerger sont renforcés dans le monde et en France et concernent à la fois une recherche fondamentale, une recherche appliquée au lit du malade et des innovations technologiques.
La crise a montré à quel point il était nécessaire de renforcer les liens ville-hôpital pour la gestion et la lutte contre ces pandémies et la nécessité de développer des réseaux de recherche ambulatoire impliquant la médecine de ville pour évaluer les nouveaux diagnostics, vaccins et traitements
Les médecins de ville participent déjà à la veille sanitaire grâce au réseau Sentinelles et beaucoup seront sans doute intéressés à participer davantage à l'évaluation de nouveaux autotests et de nouveaux vaccins et traitements.
Les autorités sanitaires sont globalement favorables à cette évolution.
Journaliste QDM (SL)
C’est fini pour aujourd’hui !
Merci Pr Autran d’avoir consacré ce temps à échanger avec les médecins, lecteurs du « Quotidien ».
À vous le mot de la fin.
Pr Brigitte Autran
Ces deux crises sanitaires, Covid et Mpox, ont été globalement bien gérées par la France et les professionnels de santé. Elles ont permis d'acquérir un niveau de préparation aux pandémies et épidémies futures qui nous permettra de mieux les affronter. Même s'il persiste des points d'amélioration.
Journaliste QDM (SL)
Merci à toutes et à tous pour votre participation. Rendez-vous prochainement pour un nouveau Live chat.

 


Source : lequotidiendumedecin.fr